CHOUCHOU LAZARE, LE COUTURIER QUI RÊVE D’HABILLER L’IDENTITÉ GABONAISE

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De l’atelier familial aux podiums internationaux, le styliste gabonais Chouchou Lazare s’est imposé comme l’une des figures majeures de la création vestimentaire en Afrique centrale. Lauréat de la Biennale internationale du design de Saint-Étienne en 2002, promoteur du Fashion Show Chou Awards et président de l’Association des stylistes et créateurs gabonais, il défend une mode enracinée dans le patrimoine national tout en appelant à une véritable politique publique en faveur des industries créatives.

Dans son atelier, les étoffes racontent une histoire bien plus vaste que celle d’une simple collection. Le raphia, les fibres naturelles, les couleurs franches et les coupes contemporaines composent un langage esthétique qui porte la signature de Chouchou Lazare, figure incontournable de la mode gabonaise depuis plus de vingt ans.

Titulaire d’une licence en marketing mais styliste autodidacte, il revendique un parcours construit loin des écoles spécialisées. « J’ai toujours voulu faire de la mode », confie-t-il, rappelant l’influence déterminante de sa mère, couturière, qui fut sa première source d’inspiration. À seulement neuf ans, il découvre l’univers de la confection derrière une machine à coudre familiale, sans imaginer que cette passion deviendrait son métier.

Chouchou Lazare aux côtés de Mme Rachel Ebaneth, DG de la Chambre Nationale des Metiers de l’Artisanat du Gabon, lors de la fashion week de Paris 2026

Lorsque Chouchou Lazare débute sur les podiums, la mode gabonaise commence tout juste à se structurer. Il évoque les pionniers, notamment Pierre Kassa, remarqué par Yves Saint Laurent dans les années 1970, ainsi que Gisèle Gomez ou encore Olga’o, qui ont contribué à faire émerger une scène créative nationale.

Lui-même fait ses premiers défilés alors qu’il est encore lycéen. L’expérience lui vaut une notoriété inattendue et l’encourage à poursuivre une voie qu’il envisageait pourtant comme un loisir. Son rêve d’enfance était ailleurs : devenir steward pour parcourir le monde.

La rencontre avec le créateur nigérien Alphadi marque un tournant décisif. Sans suivre une formation académique classique, il affine sa technique tout en conservant une liberté créative qu’il considère aujourd’hui comme l’une de ses principales forces.

En 2002, le styliste remporte le premier prix de la Biennale internationale du design de Saint-Étienne. Sa collection mêle raphia et autres matières africaines dans une approche résolument contemporaine.

Pour lui, il ne s’agissait pas d’un acte militant, mais d’une démonstration : les textiles africains peuvent être universels et séduire bien au-delà du continent.

Cette philosophie continue de guider son travail. Ses créations cherchent à valoriser une femme forte, inspirée de sa propre mère, qu’il décrit comme une figure de dignité et de résilience. Une silhouette élancée, des vêtements amples, une présence imposante : autant de codes qui nourrissent son imaginaire esthétique.

Les dernières années ont consacré son parcours. Présentant récemment ses créations au président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et au président français Emmanuel Macron, Chouchou Lazare raconte avoir vécu un moment fondateur.

Plus encore que la rencontre elle-même, c’est le regard porté sur ses œuvres qui l’a marqué. « Cela m’a redonné l’envie de créer », explique-t-il, voyant dans cette reconnaissance une source d’énergie nouvelle.

À Paris, il reçoit également un Achievement Award récompensant l’ensemble de sa carrière. Une distinction qu’il refuse de considérer comme une réussite individuelle.

« Quand un Gabonais va à la chasse, ce sont tous les Gabonais qui mangent », rappelle-t-il en reprenant une formule de l’ancien président Omar Bongo, estimant que chaque succès doit bénéficier à l’ensemble de la filière.

Si la haute couture demeure, selon lui, irremplaçable pour les grandes occasions, le styliste défend parallèlement le développement du prêt-à-porter.

À travers sa marque Eben Héritage by Chouchou Lazare, il cherche à proposer des vêtements plus accessibles, conçus au Gabon même si leur assemblage est réalisé à l’extérieur faute d’infrastructures industrielles adaptées.

Pour lui, cette diversification constitue une nécessité économique pour assurer la pérennité des maisons de création africaines.

Au-delà de son activité de créateur, Chouchou Lazare porte un regard critique sur la gouvernance du secteur culturel gabonais.

Il regrette que la mode reste marginalisée dans les politiques publiques alors qu’elle participe pleinement à la construction de l’identité nationale et peut constituer un levier économique important.

Le président de l’Association des stylistes et créateurs gabonais appelle notamment à soutenir les événements locaux qui offrent une visibilité aux jeunes talents, plutôt que de privilégier exclusivement des initiatives venues de l’extérieur.

Il milite également pour une approche inclusive de la création d’une tenue officielle gabonaise, estimant que l’identité vestimentaire du pays doit être le fruit d’une réflexion collective.

Son ambition dépasse désormais les podiums. Chouchou Lazare souhaite créer un musée consacré à l’histoire du vêtement gabonais, afin de préserver les textiles, les savoir-faire et la mémoire des créateurs.

Chouchou Lazare entouré des mannequins présentant sa collection en raphia lors de la fashion week de Paris en 2026

Il plaide également pour la création d’un département Mode au sein de l’université Omar Bongo, convaincu que la professionnalisation du secteur passe par une formation universitaire reconnue.

« Pendant longtemps, nous avons méprisé la mode dans notre pays », regrette-t-il. Pour celui qui a construit sa carrière en autodidacte, il est désormais temps de faire de la création vestimentaire un véritable champ d’excellence académique et un patrimoine culturel à transmettre aux générations futures.

À travers ce combat, Chouchou Lazare défend une conviction simple : la mode n’est pas seulement un art de s’habiller, mais une manière de raconter l’histoire d’un peuple et d’affirmer sa place dans le monde.

 

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