Au Gabon, la stratégie nationale d’IA entre dans le concret avec les entreprises

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Le Gabon veut éviter une stratégie d’intelligence artificielle conçue depuis les bureaux. Réunis jeudi 1er octobre au siège du PNUD à Libreville, pouvoirs publics, experts, chercheurs et entrepreneurs ont commencé à dresser un état des lieux précis des capacités du pays. Avec une priorité : identifier ce qui existe déjà et les obstacles qui empêchent les entreprises de changer d’échelle.

Au Gabon, l’intelligence artificielle entre dans une phase plus concrète. Après le lancement, lundi, du grand séminaire consacré à l’élaboration de la Stratégie nationale d’IA, les experts du Hub IA du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont rencontré, jeudi 1er octobre, les acteurs de l’écosystème entrepreneurial gabonais.

L’enjeu de cette rencontre était moins de parler de l’IA que de mesurer la capacité réelle du Gabon à la développer et à l’utiliser.

Autour de la table : de jeunes entrepreneurs qui développent leurs propres algorithmes, mais aussi des entreprises plus établies qui intègrent déjà l’intelligence artificielle à leurs activités. Pour les pouvoirs publics, cette photographie du terrain doit permettre de sortir d’une approche générale et d’identifier, entreprise par entreprise, les besoins en compétences, en infrastructures ou en structuration.

« Il ne s’agit plus de supposer, mais de mesurer et comprendre avec précision le niveau de maturité de chaque entreprise identifiée dans un domaine précis et quels sont leurs blocages réels », explique Youli Yangari, conseiller technique au ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation.

L’objectif affiché est ensuite de faire progresser ces entreprises vers un niveau de maturité supérieur, notamment en matière de compétences, de structuration et de résilience. Autrement dit, la future stratégie gabonaise entend partir de l’existant plutôt que de construire un écosystème sur le papier.

Cette volonté de partir des réalités locales trouve une illustration dans les travaux du Comité scientifique gabonais de recherche sur l’intelligence artificielle.

Son représentant, Sausty Clay Ekang Mezui Mbangouet, a présenté le projet « Obonuya », une intelligence artificielle développée pour parler le fang. Mais le projet porte une ambition plus large : créer, à terme, une IA capable de traiter les différentes langues vernaculaires du Gabon.

Le choix du fang constitue une première étape stratégique. Cette langue est également parlée dans plusieurs pays d’Afrique centrale, ce qui pourrait permettre d’élargir la collecte de données et, à terme, de donner au projet une dimension sous-régionale.

Derrière cette initiative se pose une question essentielle : qui produira les données qui nourriront les intelligences artificielles africaines ? En développant des outils adaptés à ses langues et à son environnement culturel, le Gabon cherche aussi à construire une capacité technologique à partir de ses propres données.

Reste un obstacle majeur : les moyens nécessaires pour passer du prototype à une solution déployée à grande échelle.

Stéphane Zeng, directeur du Centre gabonais d’innovation, insiste sur ce point. Le premier volet de l’accompagnement présenté lors de la rencontre concerne l’accès à la puissance de calcul, au cloud et aux data centers. « Sans infrastructure, on ne fait rien », rappelle-t-il.

Le second porte sur la cybersécurité, avec une approche fondée sur le principe du « security by design » : intégrer la sécurité dès la conception des solutions plutôt que de la traiter après leur développement.

Ces deux dimensions résument une partie du défi qui attend le Gabon. Avoir des chercheurs, des entrepreneurs et des projets ne suffit pas. Encore faut-il disposer de l’environnement technique permettant de les faire passer à l’échelle.

La rencontre du 1er octobre aura donc servi de révélateur. Le Gabon dispose déjà de projets, de compétences et d’entreprises engagées dans l’intelligence artificielle. La question posée désormais par la future stratégie nationale est plus précise : comment transformer ces initiatives dispersées en une capacité nationale durable d’IA ?

C’est sur cette capacité à passer de l’expérimentation à l’échelle que se jouera désormais la crédibilité de la stratégie gabonaise.

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