COUPS D’ÉTAT EN AFRIQUE : LE PRINCIPE CONSTITUTIONNEL À L’ÉPREUVE DU DEUX POIDS, DEUX MESURES

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Analyse de la réaction de Michel Régis Onanga Ndiaye aux propos du président sortant de l’Union africaine

En réagissant à la déclaration du président sortant de l’Union africaine, prononcée le 15 février 2026 à la tribune de l’institution, Michel Régis Onanga Ndiaye, président de l’Assemblée nationale du Gabon, ne conteste pas le principe invoqué par João Lourenço : la condamnation sans ambiguïté des coups d’État militaires sur le continent africain. Il en interroge cependant la cohérence politique et morale, pointant ce qu’il considère comme un angle mort récurrent du discours institutionnel africain.

Dans sa publication, le président de l’Assemblée nationale gabonaise introduit une distinction centrale : celle entre la légalité formelle et la légitimité démocratique. Il rappelle que plusieurs coups d’État récents, largement condamnés par l’Union africaine, sont intervenus dans des contextes de dégradation prolongée du jeu démocratique.

En Guinée, le renversement de Alpha Condé en 2021 faisait suite à une révision constitutionnelle controversée autorisant un troisième mandat, dans un climat de tensions politiques aiguës et de contestations électorales persistantes.                                Au Gabon, la chute d’Ali Bongo Ondimba en 2023 est intervenue après des décennies de pouvoir familial, marquées par des élections largement contestées — notamment celles d’août 2016 — et une usure profonde des institutions.                                                Dans ces deux cas, souligne M. Onanga Ndiaye, la rupture militaire apparaît comme un symptôme, non comme l’origine du mal.

Le soupçon du « deux poids, deux mesures»

C’est ici que se cristallise le cœur de sa critique : la perception d’un traitement sélectif des atteintes à l’ordre constitutionnel. Pourquoi l’UA se montre-t-elle prompte à sanctionner les coups d’État militaires, tout en restant plus discrète — voire silencieuse — face aux manipulations constitutionnelles, aux prolongations indéfinies de mandats ou aux élections jugées non crédibles ?

Ce déséquilibre affaiblit, selon lui, la portée morale des condamnations officielles. Car le verrouillage institutionnel, lorsqu’il rend toute alternance impossible, constitue lui aussi une altération grave de l’ordre constitutionnel, même s’il se drape dans les formes du droit.

Stabilité ou justice politique ?

Les dirigeants africains invoquent souvent la stabilité comme impératif suprême. Mais, rappelle le président de l’Assemblée nationale gabonaise, la stabilité sans justice politique est une stabilité fragile. Elle peut produire un calme apparent, tout en accumulant frustrations sociales et défiance populaire.

C’est cette réalité sociopolitique qui explique, sans les justifier, l’accueil parfois favorable réservé à certaines transitions militaires par des opinions publiques lassées d’alternances impossibles. Une adhésion populaire qui ne transforme pas un coup d’État en acte démocratique, mais qui interroge la responsabilité des systèmes civils ayant précédé la rupture.

Pour une doctrine continentale de la légitimité

La conclusion esquissée par Michel Régis Onanga Ndiaye appelle à une refondation de la doctrine africaine de la légitimité politique. Celle-ci ne saurait se limiter à la condamnation des armes, mais devrait s’étendre à l’ensemble des dévoiements du jeu démocratique : manipulations constitutionnelles, élections sans transparence, répression politique systémique.

Trois axes sont implicitement proposés :

– une prévention en amont des dérives constitutionnelles,                                            – une sanction équitable de toute altération substantielle de l’ordre démocratique, civile ou militaire,                                                      – un accompagnement rigoureux des transitions, avec des calendriers électoraux crédibles et une supervision renforcée.

Défendre le principe sans ignorer la réalité

La condamnation des coups d’État demeure nécessaire. Mais, pour conserver sa force et sa crédibilité, elle ne peut être dissociée d’une lecture lucide des réalités politiques africaines. Défendre l’ordre constitutionnel suppose de le protéger contre les armes, mais aussi contre son érosion silencieuse par des pratiques qui en vident progressivement le sens.

C’est à ce prix seulement que le discours institutionnel africain pourra prétendre à la cohérence — et à la légitimité — auprès des peuples qu’il entend représenter.

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