AU LARGE DU GABON, LA PEUR SOURDE DES PÊCHEURS APRÈS UNE ATTAQUE EN MER

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À l’aube, sur le débarcadère d’Ambowet, les pirogues colorées oscillent doucement sur des eaux encore calme. Les pêcheurs arrivent par petits groupes, moteurs sur l’épaule, filets roulés sous le bras. Ici, la journée commence tôt, comme toujours. Pourtant, depuis quelques jours, les conversations ont changé de ton. L’attaque d’un navire battant pavillon gabonais, survenue au large des côtes, a ravivé une inquiétude que beaucoup pensaient contenue : celle de la piraterie. « On en parlait surtout à la radio, ça semblait loin de nous », confie Jean-Claude, pêcheur artisanal depuis plus de vingt ans. « Mais quand ça arrive chez toi, dans tes eaux, tu réfléchis à deux fois avant de t’éloigner de la côte. » Comme lui, plusieurs pêcheurs reconnaissent une hésitation nouvelle, diffuse, mais bien réelle. Rien d’un arrêt brutal de l’activité, plutôt un recul prudent, quelques milles nautiques de moins, des sorties écourtées.

L’attaque, perpétrée sur un navire de pêche industrielle, n’a pas visé directement les artisans gabonais. Mais l’effet psychologique, lui, se propage vite. « La mer, c’est notre bureau », explique Marie, mareyeuse au centre de pêche de Libreville. « Si les pêcheurs ont peur, il y aura moins de poisson, et forcément les prix vont suivre. » Sur les étals, pour l’instant, rien n’a changé. Le capitaine, la carpe rouge et le machoiron se vendent aux tarifs habituels. Mais chacun surveille l’évolution avec attention.

Dans les villages côtiers, la pêche n’est pas seulement une activité économique : elle structure le quotidien. « Quand un pêcheur ne sort pas, ce sont plusieurs familles qui attendent », rappelle un chef de quartier à Libreville. Le carburant est souvent acheté à crédit, les filets réparés au jour le jour. La moindre perturbation fragilise un équilibre déjà précaire.

Du côté des autorités maritimes, le message se veut rassurant. Des patrouilles ont été renforcées, et la surveillance des eaux territoriales intensifiée. « Il ne faut pas céder à la panique », insiste un responsable portuaire. « Les pêcheurs artisanaux opèrent majoritairement dans des zones côtières sécurisées. » Un discours que certains accueillent avec prudence. « La sécurité, on la juge en mer, pas dans les communiqués », glisse un marin, en resserrant son gilet de sauvetage.

Pour l’heure, aucune flambée des prix n’est observée sur les marchés urbains. Mais les économistes soulignent que l’impact d’un tel événement se mesure souvent dans le temps. Une peur persistante pourrait réduire l’offre, surtout si d’autres incidents venaient à se produire. « La piraterie agit comme un choc invisible », analyse un spécialiste des économies maritimes. « Elle ne détruit pas immédiatement, mais elle ralentit, fragilise, dissuade. »

En fin de matinée, les pirogues quittent finalement le rivage. Les moteurs vrombissent, la mer s’ouvre. Malgré les doutes, la pêche continue. « On n’a pas le choix », souffle Jean-Marc avant de larguer les amarres. Entre nécessité de vivre et crainte du large, les pêcheurs gabonais avancent, comme souvent, à la frontière de l’incertitude.

 

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