« Jusqu’à la fin de nos vies, tout ce que vous saurez faire, c’est retirer mon nom des listes de prestations. Chanter, danser, écrire mes chansons, et même écrire pour les autres, vous ne pourrez pas m’arrêter. Moi, Landry Ifouta, je serai toujours Landry Ifouta. »
Ces mots ne sont pas extraits d’un nouveau titre du chanteur gabonais, mais constituent le cri d’exaspération d’un artiste qui affirme être arrivé au terme de sa patience. Depuis l’hôtel Mandji, à Port-Gentil, Landry Ifouta a choisi de rompre le silence. En cause, ce qu’il décrit comme plus de dix années de mise à l’écart méthodique, opérée, selon lui, par un système culturel miné par le favoritisme, le copinage et des arrangements informels échappant à toute transparence.
L’artiste, figure bien connue de la scène musicale gabonaise, affirme avoir été progressivement écarté des événements culturels placés sous l’égide de la Présidence de la République et du ministère de la Culture. Une marginalisation qu’il dit d’autant plus difficile à accepter qu’elle serait le fait de personnes qu’il qualifie de « faux frères », capables, selon ses termes, de l’encenser en public tout en œuvrant, dans l’ombre, à son effacement.
Parmi les épisodes qu’il cite, Landry Ifouta évoque le retrait de son nom lors du concert organisé à la Maison Georges Rawiri le 16 août 2022, à la veille du 62ᵉ anniversaire de l’indépendance du Gabon. Quelques mois plus tard, lors de la « Nuit des talents », il dit avoir frôlé l’humiliation.
Au-delà de son cas personnel, la sortie publique de Landry Ifouta pose une série de questions plus larges sur le fonctionnement de la politique culturelle au Gabon. Comment expliquer qu’un artiste reconnu, à la longévité et à l’influence avérées, se dise systématiquement écarté des grandes manifestations officielles ? Existe-t-il des critères objectifs et transparents dans la sélection des artistes conviés à ces événements, ou ceux-ci obéissent-ils à des logiques relationnelles et politiques difficilement assumées ?
Cette affaire interroge également le rapport entre création artistique et pouvoir. La reconnaissance institutionnelle est-elle conditionnée à l’alignement, à la docilité, voire à la proximité avec certains cercles décisionnels ? Et que devient la liberté de création lorsque la visibilité d’un artiste dépend moins de son œuvre que de réseaux d’influence ?
Pour l’heure, sa déclaration agit comme un révélateur : derrière la colère d’un homme se dessine peut-être le malaise d’un secteur tout entier.












